NuclearPlatypus

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Réarmer ? Régénérer ? Pour que «la France reste la France» ? Derrière les mots du gouvernement actuel, il y a hélas une logique. On exalte la «communauté» nationale pour mener une politique de classe, hostile à plus de 90 % de la population.


Ce «nouveau monde» situé quelque part entre Thatcher et, désormais, le natalisme des années 20, a un rapport trouble au langage. On a, depuis longtemps, cessé d'écouter, en se disant que ces gens racontent n'importe quoi. Parler, en 2017, de «révolution» quand on s'apprête à mener une politique conservatrice, voire ouvertement réactionnaire (la réaction est le contraire de la révolution), quand on abolit l'ISF tout en baissant les APL ; récidiver, en parlant de «soldats de l'an II» quand on ne se cache même plus d'être de droite, quand on fait alliance avec le Rassemblement national (RN) - c'est dès le soir du second tour des législatives de 2022 qu'Eric Dupond-Moretti avait appelé à travailler ensemble avec les lepénistes, qui ont obtenu, grâce aux macronistes, des vice-présidences à l'Assemblée nationale - ; quand on soutient Gérard Depardieu contre ses victimes ; prétendre être «le camp de la raison» quand on utilise du gaze lacrymogène contre des scientifiques à Saïx (Tarn), quand on ne change pas ce qui ne marche pas (une politique fiscale pour les très riches qui ne produit aucun «ruissellement», par exemple) ; parler de «valeur travail», d'effort et de mérite quand on est millionnaire de naissance (Amélie Oudéa-Castéra) et que l'on n'a jamais sérieusement travaillé de sa vie, c'est effectivement n'importe quoi.

Ces gens ne peuvent pas dire honnêtement ce qu'ils sont et ce qu'ils font, car ils mènent une politique de classe, hostile à plus de 90 % de la population. La nouvelle ministre de l'Education nationale est un cas intéressant : elle a fait un choix de classe et de caste pour ses enfants, en les scolarisant dans un ghetto caricatural de la sécession des riches, par ailleurs ouvertement d'extrême droite.

Comme elle «n'assume» pas (c'est rare), elle ment. Avec une lâcheté exemplaire, elle diffame une enseignante et son école et crache ainsi sur tous les professeurs de ce pays, avant de couvrir un établissement en infraction caractérisée avec la loi et en rupture de contrat avec l'Etat (un établissement musulman à qui on reprocherait les délits de «Stan» ne serait-il pas fermé sans délai pour «communautarisme», «sécessionnisme» et «fanatisme religieux» ?).

Uniformes, redoublements et brevet couperet

Madame Oudéa-Castéra n'est que le symptôme d'une pathologie plus inquiétante. Ces gens ne font pas que mentir («la com»), ils manient des signifiants vides : l'école a des problèmes ? on va rétablir l'autorité (ils n'en ont aucune). Donc : uniformes, redoublements, brevet couperet, bref, tout ce dont la littérature scientifique montre que c'est inefficace (mais le «cercle de la raison» n'a que faire de la science). On va taper et ça va filer droit, comme jadis ! Or «l'école-de-Jules-Ferry» (largement mythifiée) était liée à une promesse d'émancipation sociale que la politique de destruction systématique du droit du travail, de l'Etat-providence, des services publics, de la justice fiscale menée par ces forcenés est en train de balayer.

Ce ne sont pas des coups de menton pathétiques ou un service national universel en seconde (drapeau ! uniforme ! Marseillaise !) qui vont «réarmer» un signifiant ainsi évidé. Idem pour le «réarmement démographique» : l'OSS 117 élyséen, féru du décorum de «la France du général de Gaulle», mais avec les accents séniles de Pétain, ignore que l'on fait des enfants quand on a confiance en l'avenir, ce que l'accumulation des effondrements (scolaire, hospitalier, politique et climatique) auxquels sa politique contribue activement, entame sérieusement.

Derrière la «com», il y a hélas une logique. Celle des signifiants vides est caractéristique du fascisme : on exalte la «communauté» nationale, la «patrie», les «forces vives» et les Allemands, Italiens, Français moyens pour masquer une politique de classe grossière, qui conforte les élites (banque, industrie, églises...) traditionnelles. Au-delà du n'importe quoi («mon quinquennat sera écologique ou ne sera pas», «nos vies valent mieux que leurs profits», etc.), il y a, en effet, une petite musique (ou une grosse caisse) inquiétante. Réarmer ? Régénérer ? Combattre le «grand effacement» (clin d'oeil évident au «grand remplacement») ? pour que «la France reste la France» ? Cela devient criant, cette pente vers l'extrême droite avec, bonus, un autre signifiant vide : la France, c'est la liberté (de manifester sans être mutilé, de combattre la corruption grâce à l'association citoyenne Anticor, que le gouvernement entrave...), l'égalité («ceux qui ne sont rien»...), la fraternité (qui commence par la mixité scolaire).

L'historien est partagé entre l'éclat de rire et l'épouvante, comme Léon Blum face à Déat et à Marquet qui éructaient «ordre, autorité, nation» en 1933 avant de finir collabos. Les appels du pied à l'extrême droite se font désormais avec des bottes de sept lieues. Le bruit des bottes : l'extrême centre, qui s'allie toujours à l'extrême droite (Italie, 1922, Allemagne, 1932), y trouve son intérêt et sa jouissance.

 

Lucas est mort d’une septicémie aux urgences de Hyères (Var), après des heures d’agonie dans un couloir. Un autre patient, présent ce jour-là de septembre 2023, dénonce l’inaction des médecins.


Les minutes s’écoulent au rythme des SMS de détresse. Ce 30 septembre, les lèvres bleues, le palpitant à mille à heure, Lucas est emmené par les pompiers à 15h50 aux urgences d’Hyères (Var), après de violentes douleurs à l’abdomen, survenues la veille au soir.

Le technicien de 25 ans, installé sur un brancard dans le couloir, trouve à peine la force d’écrire à sa maman, Corinne. À 18h02, il lui envoie : « Je me plains à tout le monde que j’ai du mal à respirer. Mais personne ne fait rien. » Quatre minutes plus tard : « Jsp (je sais plus) quoi faire. J’ai tellement mal. » Elle : « Crie, j’en peux plus, au secours, dis que tu veux voir tes parents qui sont dehors. » Une infirmière lui fait une prise de sang. Puis plus rien. 18h17, ses SMS se font lapidaires : « Horrible maman, horrible. »

Ses parents aimeraient crier, forcer la porte des urgences mais les accompagnants n’ont pas le droit d’entrer. Son cœur de maman déchiré, Corinne comprend instantanément la gravité de son état. « Lucas ne se plaignait jamais ! S’il dit ça ne va pas, c’est que ça ne va pas du tout », martèle cette fonctionnaire de 63 ans, habitante du Beausset, près de Toulon.

« Il répétait, à bout de souffle, s’il vous plaît, mais personne ne s’arrêtait »

D’une voix forte, sans jamais s’autoriser à vaciller, elle raconte heure par heure le calvaire de son fils, la passivité des blouses blanches, son agonie dans le silence. Jusqu’à la fin. « J’avais trois enfants, il m’en reste deux. »

Ce soir-là, dans le couloir, un autre brancard fait face à celui de Lucas. Damien, du même âge, le dos bloqué, l’entend gémir durant des heures : « On voyait qu’il souffrait le martyre. Un médecin lui a demandé s’il avait fumé du cannabis, sûrement parce qu’il avait des dreadlocks. Puis a conclu, en moins de 30 secondes, à une indigestion. J’ai ensuite compris que c’était plus bien grave en le voyant se tordre de douleurs. Il répétait, à bout de souffle, s’il vous plaît, s’il vous plaît, mais personne ne s’arrêtait. »

Lucas est en réalité victime d’une infection à méningocoque dont la souche particulière attaque son ventre. Sans antibiotique, il ne survivra pas. « Vers 21h30, il était assis sur son brancard et d’un coup, il s’est effondré. Deux infirmiers sont passés devant lui sans le regarder. J’ai crié au troisième : Excusez-moi, il fait un malaise ! »

« Vous avez tué mon fils ! »

Là, tout va très vite : il entend « 5,3 » de tension, le médecin arrive. « Le début de la fin », soupire Damien, qui fait dès le lendemain un signalement au procureur. Lucas n’aurait reçu une injection d’antibiotiques que vers minuit trente, après presque neuf heures d’attente. Mais il est déjà dans le coma. L’infection qui s’est répandue dans son sang lui provoque deux arrêts cardiaques. Les parents, enfin autorisés à entrer, assistent au sauvetage impossible. Son père hurle : « Vous avez tué mon fils ! »

Les jours suivants, la famille découvre un courrier anonyme, tamponné des urgences, dans la boîte aux lettres de Lucas. Avec à l’intérieur, son dossier médical. Comme une série de preuves laissées à la famille qui a porté plainte pour homicide involontaire contre l’hôpital. Contactée, la direction de l’établissement nous répond « qu’en raison du secret médical, elle n’est pas autorisée à divulguer les détails du dossier du patient ». À la famille, ajoute-t-elle, « nous avons présenté nos sincères condoléances ».

 

Le ministère de l’enseignement supérieur vient de rappeler à l’ordre le lycée Stanislas, dans un courrier que Mediapart s’est procuré, évoquant « un contournement » de Parcoursup. Selon des documents que nous avons consultés, le fils aîné de la ministre de l’Éducation nationale, admis en prépa dans cet établissement l’an dernier, a bénéficié de ce système « maison » qui contrevient au principe d’égalité des chances.


L’énergie mise par la ministre de l’Éducation nationale à défendre Stanislas, au lendemain de sa nomination, devient de plus en plus choquante. D’après des informations recueillies par Mediapart, le fils aîné d’Amélie Oudéa-Castéra, 17 ans, actuellement en classe préparatoire dans cet établissement parisien catholique huppé, a bénéficié d'un système de « contournement » des règles de Parcoursup.

Chaque année, 600 000 lycéen·nes (du public comme du privé) se plient à cette procédure casse-tête, et doivent formuler des vœux pour des formations post-Bac, puis attendre avec angoisse de voir laquelle les accepte. Mais tout le monde n’est pas soumis à la même enseigne.

Dans leur rapport, remis cet été à Gabriel Attal (alors ministre de l’Éducation nationale) et gardé secret jusqu’à sa publication par Mediapart le 14 janvier, les inspecteurs généraux ayant mené l’enquête sur Stanislas dénoncent une forme d’arrangement entre l’établissement et certain·es de ses élèves de Terminale souhaitant intégrer ses prestigieuses classes préparatoires.

Le schéma ? Avant même que la procédure officielle de Parcoursup ne démarre, certain·es élèves de Stanislas obtiennent « la garantie d’être admis », selon les inspecteurs. « En échange », elles et ils « sont incités à renoncer » à formuler d’autres souhaits sur Parcoursup – à rebours des recommandations de l’Éducation nationale, qui conseille aux lycéen·nes de multiplier les vœux (par exemple une « prépa » à Henri IV en vœu N°2, à Franklin en vœu N°3, afin de maximiser ses chances et garder une liberté de choix).

Avec les « pratiques » en cours à Stanislas, « contraires aux principes et aux règles » de Parcoursup censées favoriser la transparence et l’égalité de traitement des candidatures, l’élève dispose d’une place au chaud. Quant à l’établissement, il obtient l’assurance de ne pas perdre de bons profils déjà acquis à « l’esprit Stan ». C’est gagnant-gagnant. Sauf évidemment pour les élèves du « dehors », qui croient encore à l'égalité des chances et ne bénéficient d’aucun coupe-file.

38 élèves de « Stan » ont formulé un vœu unique

Les inspecteurs ont ainsi bondi devant des chiffres tirés de la base nationale 2023 de Pacoursup : au printemps dernier, sur les 41 lycéens en France qui ont pris le risque étonnant de formuler un vœu unique pour une prépa du lycée qu’ils fréquentaient déjà, 38 étaient en Terminale à « Stan »… Aux yeux des inspecteurs généraux, cette bizarrerie statistique atteste du caractère « très isolé » des pratiques ayant cours dans ce fleuron de l’enseignement catholique de la capitale.

Le rapport ne livre aucun nom d’élève. Mais d’après nos informations, parmi ces 38 candidat·es de 2023, se trouvait le fils aîné d’Amélie Oudéa-Castéra, alors excellent élément de Terminale – il a entre-temps obtenu une mention très bien au Bac –, scolarisé dans la « maison » depuis sa moyenne section de maternelle. Sur Parcoursup, au printemps dernier, il a indiqué comme seul vœu d’être intégré dans une prépa HEC (aussi dite ECG) à « Stan ».

Il a formulé précisément quatre « sous-voeux », avec ou sans internat, avec l'option éco (ESH) ou histoire (HGG). Rien d’autre, en dehors de Stanislas. Une stratégie risquée pour le commun des mortels, mais lui a bien été sélectionné, parmi plus de 2 000 candidatures enregistrées.

Comme d’autres familles, la famille [de la ministre] a suivi la procédure prévue par Stanislas.

Entourage d’Amélie Oudéa-Castéra

Questionnée sur le fait que son fils ait bénéficié d’un « contournement » des règles, la ministre de l’Éducation nationale ne conteste pas directement ce terme, employé par l’inspection générale dont elle a désormais la tutelle. Mais elle fait répondre par son entourage que sa famille « a suivi […] chacune des étapes prévues par Parcoursup », et surtout qu’elle a, « comme d'autres familles », « suivi la procédure prévue par Stanislas ». Une manière de renvoyer la responsabilité vers l’établissement catholique.

Car son entourage doit bien concéder que son fils aîné « a reçu un avis favorable de Stanislas » à l’issue « du conseil de classe du deuxième trimestre », c’est-à-dire avant le dépôt de sa candidature officielle sur Parcoursup. Ensuite, il a « fait le choix de rentrer ce seul voeu » sur la plateforme, « préférant comme beaucoup d’élèves partout en France rester dans son établissement d’origine ». Ils sont pourtant extrêmement rares, on l’a vu, celles et ceux qui ne prennent pas la précaution d’inscrire d’autres vœux dans Parcoursup, au cas où. 

Comment la ministre de l’Éducation nationale, déjà contrainte de se déporter des décisions relatives à l’avenir de Stanislas, peut-elle désormais conserver une légitimité à s’exprimer sur Parcoursup, sur ses avantages et ses travers, sur ses réformes nécessaires ? Il s’agit pourtant d’un sujet de préoccupation majeur dans les milieux éducatifs depuis son lancement en 2018.

D'après nos informations, le ministère de l'enseignement supérieur, qui a la tutelle sur Parcoursup, a pour sa part réagi cette semaine. Dans un courrier daté du 17 janvier, que nous nous sommes procuré, la directrice de l’enseignement supérieur rappelle au directeur de Stanislas qu’il est tenu de respecter la charte de Parcoursup et ses « principes de non-discrimination [entre tous les lycéens de France – ndlr], d’égalité de traitement, d’équité et de transparence ».

Des élèves choqués

Dans son courrier, le ministère demande à la direction de l’établissement « de bien vouloir confirmer que toutes les dispositions sont prises en ce sens pour la session 2024 qui s’ouvre ». Et il y a du travail. Car Mediapart a recueilli de nombreux témoignages d’ancien·nes élèves et parents d’élèves, qui confirment le système mis en place par Stanislas. Un procédé qui aboutit à une proportion dans ses classes prépa d’environ 25 % d’élèves issu·es de ses propres rangs. C’est une des clefs de la sauvegarde de l’entre-soi propre à « Stan », mélange d'élitisme scolaire et de reconnaissance de classe.

« L’établissement a déjà en tête [avant l'ouverture des candidatures sur Parcoursup – ndlr] une sorte de “short list” de bons élèves qu’ils veulent voir aller en “prépa Stan”, explique Jérôme, ancien élève de prépa. Et ils vont les voir pour leur dire qu’ils seront admis à condition qu’ils ne mettent qu’un seul vœu sur Parcoursup. »

Certain·es ont été prévenu oralement, beaucoup ont dû envoyer un courrier de motivation préalable. « Au second trimestre, vers février, ceux qui ont postulé en prépa reçoivent la réponse sur une fiche rendue en même temps que le bulletin », détaille Léna, aujourd’hui étudiante. « Avant Parcoursup, tous les élèves qui veulent aller en “prépa Stan” savent déjà s’ils seront acceptés ou pas », insiste un autre témoin.

Des préfets (équivalent des conseillers principaux d’éducation) se chargeraient de préciser aux meilleur·es élèves qu’elles et ils ne doivent formuler qu’un seul vœu dans Parcoursup. « Ma mère avait demandé en réunion pour s’en assurer, et on lui avait confirmé ce procédé, se souvient Sarah, en prépa à « Stan » jusqu’en 2020. Un de mes meilleurs amis, excellent, avait quand même mis trois voeux sur Parcoursup. Le préfet était venu le voir juste avant la clôture des dossiers pour lui hurler de n’en mettre qu’un. C’était très rude. »

« Mes profs m’avaient dit que je ne devais prendre aucun risque, confie Judith, qui au départ ne voulait pas vraiment faire sa prépa à « Stan ». J’étais classée parmi les meilleurs de ma classe mais mes notes étaient tellement basses [par rapport à ce qui se fait dans d'autres lycées] que j’ai mis un seul vœu, pour avoir l’assurance d’aller dans une prépa. On nous disait que si on mettait d’autres voeux, on serait traité comme des élèves lambdas sans l’assurance d’être pris à Stan. »

Il ne nous viendrait jamais à l’idée de donner une stratégie si risquée à nos élèves.

Une professeur de prépa privée à Paris.

Dans le monde enseignant, nombre de spécialistes des classes préparatoires, du public mais aussi du privé, ont lu ce passage du rapport d'inspection avec un certain effarement. « Il est illégal pour un établissement d’origine de demander à ses élèves de ne formuler qu’un nombre limité de vœux et de contrôler les vœux, estime un professeur de philosophie d'une prépa francilienne publique, par ailleurs chargé du suivi de la procédure Parcoursup. Tous les signataires de la Charte le savent : en tant que lycée hébergeant des prépas, soit vous vous positionnez comme un établissement d’origine et vous aidez vos élèves à faire leurs vœux, soit vous vous positionnez comme établissement d’accueil. Mais ce que fait ma main gauche, ma main droite doit l’ignorer. » Et de rappeler ce qui devrait relever de l'évidence : « Mon proviseur ne me donne pas les moyens d’aller regarder les vœux des élèves du lycée ou de faire pression sur eux. »

« Je n’ai jamais entendu parler d’une telle chose ailleurs, déclare Christophe Viscogliosi, professeur dans une « prépa » ECG publique. C’est une pratique complètement à l’opposé de la philosophie de Parcoursup, qui est d’ouvrir l’éventail des choix. Outre que cela raréfie les places pour les élèves qui ne sont pas du lycée, l’établissement crée une sorte de rapport de force alors même que Parcoursup était censé rééquilibrer ce rapport de force. »

« Nous, ce sont nos élèves qui nous choisissent, pas l’inverse », s’indigne aussi Armelle Picardat, professeure de géographie en « prépa » au lycée Jules Ferry, dans la capitale. Avec des pratiques comme celles de Stanislas, « les élèves ne sont pas réellement mis en concurrence : ils prennent les meilleurs de chez eux et s’il reste des places à la marge, ils ouvrent… Il y a une injustice, les autres élèves n’entrent pas dans la moulinette ! »

Cette « moulinette », il est vrai, n’est pas toujours aussi transparente qu’elle le devrait. Et nombre de formations sélectives bricolent un algorithme « maison », qui attribue des « notes » aux candidatures en fonction du lycée d’origine (ses résultats, sa réputation, etc), et pas seulement des notes obtenues par les élèves. Mais le « contournement » de Parcoursup mis en place par Stanislas est d’une autre nature.

« Il ne nous viendrait jamais à l’idée de donner une stratégie si risquée à nos élèves, insiste une professeur de prépa privée parisienne sous contrat. Stanislas pousse hyper loin la coercition, c’est dingue. »

Questionné par Mediapart, le directeur de Stanislas Frédéric Gautier, qui n’a pas souhaité répondre sur le cas du fils d’Amélie Oudéa-Castéra, nous a transmis un communiqué indiquant n'avoir « pas été informé », par l'académie de Paris, « que le fait que certains candidats n’entraient qu’un vœu pour Stanislas posait un problème ».

Sur le fond, il confirme que des « avis » sont donnés, en amont des candidatures officielles dans Parcoursup, aux élèves de Terminale envisageant une prépa « maison » : elles et ils « ont alors la possibilité de candidater à Stanislas et dans d’autres établissements [...] ou bien de considérer qu’à l’aune de cet avis, ils ne candidatent qu’à Stanislas. » Mais Frédéric Gautier dément tout « préjudice pour eux », comme « pour les candidats extérieurs ». Une vision opposée à celles de l’inspection générale.

Quant au directeur diocésain de l'enseignement catholique, sollicité par nos soins, il n'a pas souhaité réagir.

 

Je recommande ses autres dessins si vous ne connaissez pas !

 

Le CAV/CRAV qui revient à ses anciennes pratiques : poser des bombes.... Heureusement les chaînes d'info (et Beauvau) ne vont probablement pas en parler H24, car la différence avec la FNSEA c'est qu'ils sont cagoulés !

 

Traduction DeepL :

Les Palestiniens arrêtés dans le nord de la bande de Gaza décrivent les sévices systématiques infligés par les soldats israéliens aux civils comme aux combattants, depuis les privations sévères jusqu'aux violences physiques brutales.


Début décembre, des images ont circulé dans le monde entier montrant des dizaines d'hommes palestiniens dans la ville de Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, qui ont été déshabillés jusqu'à leurs sous-vêtements, agenouillés ou assis courbés, puis ont eu les yeux bandés et ont été placés à l'arrière de camions de l'armée israélienne comme du bétail. La grande majorité de ces détenus étaient des civils non affiliés au Hamas, comme l'ont confirmé par la suite les responsables israéliens de la sécurité, et les hommes ont été emmenés par l'armée sans que leurs familles soient informées du lieu où se trouvaient les détenus. Certains d'entre eux ne sont jamais revenus.

+972 Magazine et Local Call se sont entretenus avec quatre civils palestiniens qui apparaissent sur ces photos ou qui ont été arrêtés près des lieux et emmenés dans des centres de détention militaires israéliens, où ils ont été détenus pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant d'être relâchés dans la bande de Gaza. Leurs témoignages - ainsi que 49 témoignages vidéo publiés par divers médias arabes de Palestiniens arrêtés dans des circonstances similaires au cours des dernières semaines dans les districts de Zeitoun, Jabalia et Shuja'iya, dans le nord de la bande de Gaza - font état d'abus et de tortures systématiques de la part des soldats israéliens à l'encontre de tous les détenus, civils et combattants confondus.

Selon ces témoignages, les soldats israéliens ont soumis les détenus palestiniens à des chocs électriques, leur ont brûlé la peau avec des briquets, leur ont craché dans la bouche et les ont privés de sommeil, de nourriture et d'accès aux toilettes jusqu'à ce qu'ils défèquent sur eux-mêmes. Nombre d'entre eux ont été attachés à une clôture pendant des heures, menottés et ont eu les yeux bandés pendant la majeure partie de la journée. Certains ont témoigné avoir été battus sur tout le corps et avoir eu des cigarettes éteintes dans le cou ou le dos. On sait que plusieurs personnes sont mortes des suites de leur détention dans ces conditions.

Les Palestiniens avec lesquels nous nous sommes entretenus ont déclaré que le matin du 7 décembre, lorsque les photos de Beit Lahiya ont été prises, les soldats israéliens sont entrés dans le quartier et ont ordonné à tous les civils de quitter leurs maisons. Ils criaient : "Tous les civils doivent descendre et se rendre"", a déclaré Ayman Lubad, chercheur juridique au Centre palestinien pour les droits de l'homme, qui a été détenu ce jour-là avec son jeune frère, à +972 et à Local Call.

Selon les témoignages, les soldats ont ordonné à tous les hommes de se déshabiller, les ont rassemblés en un seul endroit et ont pris les photos qui ont ensuite été diffusées sur les médias sociaux (de hauts responsables israéliens ont depuis réprimandé les soldats pour avoir partagé les images). Les femmes et les enfants, quant à eux, ont reçu l'ordre de se rendre à l'hôpital Kamal Adwan.

Quatre témoins différents ont déclaré séparément à +972 et à Local Call que, alors qu'ils étaient assis menottés dans la rue, les soldats sont entrés dans les maisons du quartier et y ont mis le feu ; +972 et Local Call ont obtenu des photos de l'une des maisons incendiées. Les soldats ont dit aux détenus qu'ils avaient été arrêtés parce qu'ils "n'avaient pas évacué vers le sud de la bande de Gaza".

Un nombre indéterminé de civils palestiniens restent dans la partie nord de la bande de Gaza malgré les ordres d'expulsion israéliens depuis le début de la guerre, qui a conduit des centaines de milliers de personnes à fuir vers le sud. Les personnes à qui nous avons parlé ont cité plusieurs raisons pour lesquelles elles ne sont pas parties : la peur d'être bombardées par l'armée israélienne pendant le trajet vers le sud ou pendant qu'elles s'y abritent ; la peur que des agents du Hamas leur tirent dessus ; les difficultés de mobilité ou les handicaps des membres de la famille ; et l'incertitude de la vie dans les camps de personnes déplacées dans le sud. La femme de Lubad, par exemple, venait d'accoucher et ils craignaient les dangers de quitter leur maison avec un nouveau-né.

Dans une vidéo filmée sur les lieux à Beit Lahiya, un soldat israélien tenant un mégaphone se tient devant les résidents détenus - qui sont assis en rangs, nus et à genoux, les mains derrière la tête - et déclare : "L'armée israélienne est arrivée : "L'armée israélienne est arrivée. Nous avons détruit Gaza [la ville] et Jabalia sur vos têtes. Nous avons occupé Jabalia. Nous occupons tout Gaza. C'est ce que vous voulez ? Voulez-vous le Hamas avec vous ?" Les Palestiniens répliquent en criant qu'ils sont des civils.

"Notre maison a brûlé sous mes yeux", a déclaré à +972 et à Local Call Maher, étudiant à l'université Al-Azhar de Gaza, qui apparaît sur une photo de détenus à Beit Lahiya (il a demandé à utiliser un pseudonyme de peur que l'armée israélienne n'exerce des représailles contre les membres de sa famille, qui sont toujours détenus dans un centre de détention militaire). Des témoins oculaires ont déclaré que le feu s'est propagé de manière incontrôlée, que la rue s'est remplie de fumée et que les soldats ont dû déplacer les Palestiniens ligotés à quelques dizaines de mètres des flammes.

J'ai dit au soldat : "Ma maison a brûlé, pourquoi faites-vous cela ? Il m'a répondu : "Oubliez cette maison"", se souvient Nidal, un autre Palestinien qui figure également sur une photographie prise à Beit Lahiya et qui a demandé à utiliser un pseudonyme pour les mêmes raisons.

Il m'a demandé où j'avais mal, puis il m'a frappé fort.

Plus de 660 Palestiniens de Gaza sont actuellement détenus dans des prisons israéliennes, pour la plupart dans la prison de Ketziot, dans le désert du Naqab/Negev. Un nombre supplémentaire, que l'armée refuse de révéler mais qui pourrait s'élever à plusieurs milliers, est détenu à la base militaire de Sde Teyman, près de Be'er Sheva, où se dérouleraient la plupart des mauvais traitements infligés aux détenus.

Selon les témoignages, les détenus palestiniens de Beit Lahiya ont été embarqués dans des camions et emmenés sur une plage. Ils sont restés ligotés pendant des heures, et une autre photo d'eux a été prise et diffusée sur les médias sociaux. Lubad a raconté comment l'une des femmes soldats israéliennes a demandé à plusieurs détenus de danser et les a ensuite filmés.

Les détenus, toujours en sous-vêtements, ont ensuite été emmenés sur une autre plage à l'intérieur d'Israël, près de la base militaire de Zikim, où, selon leurs témoignages, les soldats les ont interrogés et sévèrement battus. Selon les médias, ce sont des membres de l'unité 504 des FDI, un corps de renseignement militaire, qui ont procédé à ces premiers interrogatoires.

Maher a raconté son expérience à +972 et Local Call : Un soldat m'a demandé : "Quel est ton nom ?" et a commencé à me donner des coups de poing dans l'estomac et des coups de pied. Il m'a dit : "Tu es dans le Hamas depuis deux ans, dis-moi comment ils t'ont recruté". Je lui ai dit que j'étais étudiant. Deux soldats m'ont ouvert les jambes et m'ont donné un coup de poing à cet endroit et un autre au visage. J'ai commencé à tousser et je me suis rendu compte que je ne respirais plus. Je leur ai dit : 'Je suis un civil, je suis un civil'. "Je me souviens d'avoir tendu la main vers le bas de mon corps et d'avoir senti quelque chose de lourd", a poursuivi M. Maher. "Je n'ai pas réalisé que c'était ma jambe. J'ai arrêté de sentir mon corps.

J'ai dit au soldat que j'avais mal, il s'est arrêté et m'a demandé où ; je lui ai dit dans l'estomac, et alors il m'a frappé fort dans l'estomac. Ils m'ont dit de me lever. Je ne sentais plus mes jambes et je ne pouvais plus marcher. Chaque fois que je tombais, ils me frappaient à nouveau. J'ai saigné de la bouche et du nez et je me suis évanoui.

Les soldats ont interrogé certains détenus de la même manière, les ont photographiés, ont vérifié leurs cartes d'identité, puis les ont divisés en deux groupes. La plupart, dont Maher et le jeune frère de Lubad, ont été renvoyés à Gaza et ont rejoint leur domicile le soir même. Lubad lui-même faisait partie d'un deuxième groupe d'environ 100 personnes détenues à Beit Lahiya ce jour-là et qui ont été transférées dans un centre de détention militaire à l'intérieur d'Israël.

Il est donc probable qu'ils aient été détenus à la base de Sde Teyman, à côté de Be'er Sheva, qui comprend un aérodrome. Selon l'armée israélienne, c'est là que les détenus de Gaza sont gardés pour être traités, c'est-à-dire pour qu'il soit décidé s'ils doivent être considérés comme des civils ou des "combattants illégaux".

Selon le bureau du porte-parole de l'armée israélienne, les centres de détention militaire ne sont destinés qu'à l'interrogatoire et au contrôle initial des détenus, avant qu'ils ne soient transférés à l'administration pénitentiaire israélienne ou jusqu'à leur libération. Les témoignages des Palestiniens qui ont été détenus dans ces installations brossent cependant un tableau tout à fait différent.

Nous avons été torturés toute la journée

À l'intérieur de la base militaire, les Palestiniens étaient détenus par groupes d'environ 100 personnes. Selon les témoignages, ils étaient menottés et avaient les yeux bandés tout le temps, et n'étaient autorisés à se reposer qu'entre minuit et 5 heures du matin.

L'un des détenus de chaque groupe, choisi par les soldats parce qu'il connaissait l'hébreu et qu'il portait le titre de "Shawish" (terme argotique désignant un serviteur ou un subordonné), était le seul à ne pas avoir les yeux bandés. Les anciens détenus ont expliqué que les soldats qui les gardaient avaient des lampes de poche à laser vert qu'ils utilisaient pour marquer toute personne qui bougeait, changeait de position à cause de la douleur ou émettait un son. Les Shawish amenaient ces détenus aux soldats qui se tenaient de l'autre côté de la clôture de barbelés entourant l'installation, où ils étaient punis.

Selon les témoignages, la punition la plus courante consistait à être attaché à une clôture et à devoir lever les bras pendant plusieurs heures. Celui qui les baissait était emmené par les soldats et battu.

"Nous avons été torturés toute la journée", a déclaré Nidal à +972 et à Local Call. "Nous nous sommes agenouillés, la tête baissée. Ceux qui n'y parvenaient pas étaient attachés à la clôture, [pendant] deux ou trois heures, jusqu'à ce que le soldat décide de les libérer. J'ai été attaché pendant une demi-heure. Tout mon corps était couvert de sueur, mes mains étaient engourdies.

"Vous ne pouvez pas bouger", rappelle Lubad à propos des règles. Si vous bougez, le soldat pointe un laser sur vous et dit au Shawish : "Sortez-le, levez les mains." Si vous baissez les mains, le Shawish vous emmène à l'extérieur et les soldats vous battent. Si vous baissez les mains, le Shawish vous emmène dehors et les soldats vous frappent. J'ai été attaché deux fois à la clôture. Et j'ai gardé les mains en l'air parce qu'il y avait des gens autour de moi qui étaient vraiment blessés. Une personne est revenue avec une jambe cassée. Vous entendez les coups et les cris de l'autre côté de la clôture. Vous avez peur de regarder ou de jeter un coup d'œil à travers le bandeau. S'ils te voient regarder, c'est une punition. Ils te sortent de là ou t'attachent à la clôture".

Un autre jeune homme libéré a déclaré aux médias, après son retour à Gaza, que "les gens étaient torturés en permanence. Nous entendions des cris. Ils [les soldats] nous ont dit : "Pourquoi êtes-vous restés à Gaza, pourquoi n'êtes-vous pas allés dans le sud ? Je leur ai répondu : "Pourquoi irions-nous dans le sud ? Nos maisons sont toujours là et nous ne sommes pas liés au Hamas". Ils nous ont dit : "Descendez au sud - vous avez célébré [l'attaque menée par le Hamas] le 7 octobre".

Dans un cas, raconte Lubad, un détenu qui refusait de s'agenouiller et qui baissait les mains au lieu de les garder levées a été emmené derrière la clôture de fils barbelés, les mains menottées. Les détenus ont entendu des coups, puis ils ont entendu le détenu maudire un soldat, et enfin un coup de feu. Ils ne savent pas si le détenu a réellement été abattu, ni s'il est vivant ou mort ; en tout état de cause, il n'est pas revenu pendant le reste de la période de détention des personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenus.

Lors d'entretiens avec des médias arabes, d'anciens détenus ont déclaré que d'autres détenus du centre étaient morts à côté d'eux. "Des gens sont morts à l'intérieur. L'un d'entre eux souffrait d'une maladie cardiaque. Ils l'ont jeté dehors, ils ne voulaient pas s'occuper de lui", a déclaré une personne à Al Jazeera.

Plusieurs détenus qui se trouvaient avec Lubad lui ont également parlé d'un tel décès. Ils ont déclaré qu'avant son arrivée, un homme âgé du camp de réfugiés d'Al-Shati, qui était malade, était décédé dans l'établissement en raison des conditions de détention. Les détenus ont décidé d'entamer une grève de la faim pour protester contre sa mort et ont rendu aux soldats les morceaux de fromage et de pain qui leur avaient été rationnés. Les détenus ont raconté à Lubad que la nuit, les soldats entraient et les battaient sévèrement alors qu'ils étaient menottés, puis leur lançaient des bombes lacrymogènes. Les détenus ont cessé de faire grève.

L'armée israélienne a confirmé à +972 et à Local Call que des détenus de Gaza étaient morts dans l'établissement. "Il y a des cas connus de décès de détenus dans le centre de détention", a déclaré le porte-parole de l'IDF. "Conformément aux procédures, chaque décès d'un détenu fait l'objet d'un examen, y compris en ce qui concerne les circonstances du décès. Les corps des détenus sont conservés conformément aux ordres militaires".

Dans des témoignages vidéo, des Palestiniens qui ont été relâchés à Gaza décrivent des cas où les soldats ont éteint des cigarettes sur le corps des détenus et leur ont même administré des chocs électriques. "J'ai été détenu pendant 18 jours", a déclaré un jeune homme à Al Jazeera. "Le soldat vous voit vous endormir, prend un briquet et vous brûle le dos. Ils ont éteint des cigarettes sur mon dos à plusieurs reprises. L'un des gars [qui avait les yeux bandés] a dit [au soldat] : 'Je veux boire de l'eau', et le soldat lui a dit d'ouvrir la bouche et a craché dedans".

Un autre détenu a déclaré avoir été torturé pendant cinq ou six jours. "'Tu veux aller aux toilettes ? Interdit", a-t-il raconté. "[Le soldat] vous bat. Et je ne suis pas du Hamas, qu'est-ce qu'on peut me reprocher ? Mais il continue à vous dire : Vous êtes du Hamas, tous ceux qui restent à Gaza sont du Hamas. Si vous n'étiez pas du Hamas, vous seriez allé au sud. Nous vous avons dit d'aller au sud".

Shadi al-Adawiya, un autre détenu qui a été libéré, a déclaré à TRT dans un témoignage filmé : "Ils nous mettent des cigarettes dans le cou, les mains et le dos. Ils nous donnent des coups de pied dans les mains et la tête. Et il y a des chocs électriques".

"On ne peut rien demander", a déclaré à Al Jazeera un autre détenu libéré après son arrivée à l'hôpital de Rafah. Si vous dites "Je veux boire", ils vous frappent sur tout le corps. Il n'y a pas de différence entre les jeunes et les vieux. J'ai 62 ans. Ils m'ont frappé dans les côtes et depuis, j'ai du mal à respirer.

J'ai essayé d'enlever le bandeau et un soldat m'a donné un coup de genou dans le front.

Les Palestiniens détenus par Israël à Gaza, qu'il s'agisse de militants ou de civils, le sont en vertu de la "loi sur les combattants illégaux" de 2002. Cette loi israélienne permet à l'État de détenir des combattants ennemis sans leur accorder le statut de prisonnier de guerre, et de les détenir pendant de longues périodes sans procédure judiciaire normale. Israël peut empêcher les détenus de rencontrer un avocat et reporter le contrôle judiciaire jusqu'à 75 jours - ou, si un juge l'approuve, jusqu'à six mois.

Après le déclenchement de la guerre actuelle en octobre, cette loi a été modifiée : selon la version approuvée par la Knesset le 18 décembre, Israël peut également détenir ces personnes jusqu'à 45 jours sans émettre d'ordre de détention - une disposition qui a des ramifications importantes.

"Ils n'existent pas pendant 45 jours", a déclaré Tal Steiner, directeur exécutif du Comité public contre la torture en Israël, à +972 et à Local Call. "Leurs familles ne sont pas informées. Pendant cette période, des personnes peuvent mourir sans que personne ne le sache. [Il faut prouver que tout s'est passé. Beaucoup de gens peuvent tout simplement disparaître.

L'ONG israélienne de défense des droits de l'homme HaMoked a reçu des appels d'habitants de Gaza concernant 254 Palestiniens détenus par l'armée israélienne et dont les proches n'ont aucune idée de l'endroit où ils se trouvent. HaMoked a déposé une requête auprès de la Haute Cour d'Israël à la fin du mois de décembre, exigeant que l'armée publie des informations sur les résidents de Gaza qu'elle détient.

Une source de l'administration pénitentiaire israélienne a déclaré à +972 et à Local Call que la plupart des détenus de Gaza sont détenus par l'armée et n'ont pas été transférés dans des prisons. Il est probable que l'armée israélienne tente d'obtenir des renseignements sur des civils tout en utilisant la loi sur les combattants illégaux pour les emprisonner.

Les détenus qui ont parlé à +972 et à Local Call ont déclaré qu'ils étaient détenus dans l'installation militaire avec des personnes qu'ils savaient être des membres du Hamas ou du Jihad islamique. Selon les témoignages, les soldats israéliens ne font pas de différence entre les civils et les membres de ces groupes et traitent tout le monde de la même manière. Certaines des personnes arrêtées dans le même groupe à Beit Lahiya il y a près d'un mois n'ont pas encore été libérées.

Nidal a décrit comment, en plus des violences subies par les détenus, les conditions de détention étaient extrêmement dures. "Les toilettes sont une mince ouverture entre deux morceaux de bois", a-t-il déclaré. "Ils nous y ont mis les mains attachées et les yeux bandés. Nous entrions et faisions pipi sur nos vêtements. Et c'est là que nous buvions de l'eau".

Les civils qui ont été libérés de la base militaire israélienne ont déclaré à +972 et à Local Call que quelques jours plus tard, ils ont été emmenés d'une installation à l'autre pour être interrogés. La plupart d'entre eux ont déclaré avoir été battus pendant les interrogatoires. On leur a demandé s'ils connaissaient des agents du Hamas ou du Jihad islamique, ce qu'ils pensaient de ce qui s'était passé le 7 octobre, lequel des membres de leur famille était un agent du Hamas, qui était entré en Israël le 7 octobre et pourquoi ils n'avaient pas évacué le sud comme on le leur avait "demandé".

Trois jours plus tard, Lubad a été emmené à Jérusalem pour y être interrogé. "L'interrogateur m'a donné un coup de poing au visage et, à la fin, ils m'ont emmené dehors et m'ont bandé les yeux", a-t-il déclaré. "J'ai essayé d'enlever le bandeau, parce qu'il me faisait mal, et un soldat m'a donné un coup de genou dans le front, alors je l'ai laissé.

"Une demi-heure plus tard, ils ont amené un autre détenu, un professeur d'université", a poursuivi Lubad. "Apparemment, il n'a pas coopéré avec eux pendant l'interrogatoire. Ils l'ont battu très brutalement à côté de moi. Ils lui ont dit : 'Vous défendez le Hamas, vous ne répondez pas aux questions. Mettez-vous à genoux, levez les mains. J'ai senti deux personnes venir vers moi. J'ai pensé que c'était mon tour d'être battu et j'ai contracté mon corps pour me préparer. Quelqu'un m'a chuchoté à l'oreille : "Dis chien". J'ai dit que je ne comprenais pas. Il m'a dit : 'Dis, le jour viendra pour chaque chien'", sous-entendant la mort ou le châtiment.

Lubad a ensuite été relâché dans la cellule de détention. Selon lui, les conditions à Jérusalem étaient meilleures que dans l'établissement du sud. Pour la première fois, il n'était pas menotté et n'avait pas les yeux bandés. "J'avais tellement mal et j'étais si fatigué que je me suis endormi, et c'est tout", a-t-il déclaré.

Nous avons été traités comme des poulets ou des moutons

Le 14 décembre, une semaine après avoir été enlevé de sa maison à Beit Lahiya, laissant derrière lui sa femme et ses trois enfants, Lubad a été mis dans un bus pour retourner au point de passage de Kerem Shalom, entre Israël et la bande de Gaza. Il a dénombré 14 bus, contenant environ 500 détenus. Lui et un autre témoin ont déclaré à +972 et à Local Call que les soldats leur ont dit de courir et que "quiconque regarde en arrière, nous lui tirerons dessus".

De Kerem Shalom, les détenus ont marché jusqu'à Rafah, une ville qui s'est transformée en un gigantesque camp de réfugiés ces dernières semaines, abritant des centaines de milliers de Palestiniens déplacés. Les détenus libérés portaient des pyjamas gris, et certains ont montré aux journalistes palestiniens des blessures aux poignets, au dos et aux épaules, apparemment dues aux violences subies en détention. Ils portaient des bracelets numérotés qui leur avaient été remis à leur arrivée au centre de détention.

Les détenus ont déclaré aux journalistes qu'ils ne savaient pas où aller à Rafah ni où se trouvaient leurs familles. Nombre d'entre eux étaient pieds nus. "J'ai eu les yeux bandés pendant 17 jours", a déclaré l'un d'entre eux. "Nous avons été traités comme des poulets ou des moutons", a déclaré un autre.

L'un des détenus arrivés à Rafah a déclaré à +972 et à Local Call que depuis qu'il a été libéré il y a deux semaines, il vit dans une tente en nylon. "Aujourd'hui même, j'ai acheté des chaussures", a-t-il déclaré. "À Rafah, où que vous regardiez, vous voyez des tentes. Depuis ma libération, c'est très difficile pour moi sur le plan mental. Un million de personnes s'entassent ici dans une ville de 200 000 habitants [avant la guerre]".

Lorsque Lubad est arrivé à Rafah, il a immédiatement appelé sa femme. Il était heureux d'apprendre qu'elle et ses enfants étaient en vie. "En prison, je n'arrêtais pas de penser à eux, à ma femme qui se trouvait dans une situation difficile, seule avec notre nouveau-né", explique-t-il.

Mais au téléphone, il avait l'impression que sa famille ne lui disait rien. Finalement, Lubad a découvert qu'une heure après que son jeune frère soit revenu de sa détention à Zikim Beach, il a été tué par un obus israélien qui a frappé la maison d'un voisin.

Se souvenant de la dernière fois qu'il a vu son frère, Lubad a déclaré : "J'ai vu comment nous étions assis là, dans un coin de la maison : "J'ai vu que nous étions assis là en caleçon et qu'il faisait terriblement froid, et je lui ai chuchoté : 'C'est bon, c'est bon, tu reviendras sain et sauf'".

Pendant sa détention, la femme de Lubad a dit à leurs enfants qu'il avait voyagé à l'étranger ; Lubad n'est pas sûr qu'ils l'aient cru. Son fils de trois ans l'a vu se déshabiller dans la rue ce jour-là. "Mon fils voulait vraiment aller au zoo, mais il n'y a plus de zoo à Gaza. Je lui ai donc dit qu'au cours de mon voyage, j'avais vu un renard à Jérusalem - et en effet, lorsque j'ai été interrogé, le matin, des renards passaient par là. Je lui ai promis qu'une fois que tout serait terminé, je l'emmènerais les voir aussi".

En réponse aux affirmations faites dans cet article selon lesquelles des soldats israéliens ont brûlé les maisons de Palestiniens détenus à Beit Lahiya, le porte-parole des FDI a déclaré que ces allégations "seront examinées", ajoutant que "des documents appartenant au Hamas ont été trouvés dans les appartements de l'immeuble, ainsi qu'une grande quantité d'armes", et que des coups de feu ont été tirés sur les forces israéliennes à partir de l'immeuble.

Le porte-parole de l'IDF a déclaré que les Palestiniens de Gaza étaient détenus "pour implication dans des activités terroristes" et que "les détenus dont il a été établi qu'ils n'étaient pas impliqués dans des activités terroristes et dont le maintien en détention n'est pas justifié sont renvoyés dans la bande de Gaza à la première occasion".

En ce qui concerne les allégations de mauvais traitements et de torture, le porte-parole de l'IDF a déclaré que "toute allégation de comportement inapproprié dans le centre de détention fait l'objet d'une enquête approfondie. Les détenus sont menottés en fonction de leur niveau de risque et de leur état de santé, selon une évaluation quotidienne. Une fois par jour, le centre de détention militaire organise une visite médicale pour vérifier l'état de santé des détenus qui le nécessitent".

Les détenus qui ont parlé à +972 et à Local Call ont cependant déclaré qu'ils n'avaient été examinés par un médecin qu'à leur arrivée dans le centre, et qu'ils n'avaient reçu aucun traitement médical par la suite malgré leurs demandes répétées.

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